ChatGPT en entreprise : que disent le RGPD, l'AI Act et le secret des affaires ?

ChatGPT en entreprise : que disent le RGPD, l'AI Act et le secret des affaires ?

En bref

  • Utiliser ChatGPT en entreprise est légal, à trois conditions. Côté RGPD : ne pas y soumettre de données personnelles sans cadre (version professionnelle, accord de sous-traitance, information des personnes). Côté AI Act : former les utilisateurs (article 4) et signaler l'IA quand elle est exposée aux clients (article 50). Côté secret des affaires : interdire la saisie d'informations confidentielles dans les versions grand public, car une divulgation non maîtrisée peut faire perdre la protection juridique du secret.

Le vrai risque n'est pas l'outil, c'est la version

Toutes les offres OpenAI ne se valent pas juridiquement, et la plupart des incidents viennent de là.

VersionEntraînement sur vos donnéesCadre contractuelUsage professionnel
ChatGPT gratuit / Plus (compte individuel)Oui par défaut (désactivable dans les réglages)Conditions grand public, pas d'accord de sous-traitanceÀ proscrire pour toute donnée personnelle ou confidentielle
ChatGPT Team / EnterpriseNon par défautAccord de traitement des données (DPA), engagements de confidentialité, administration centraliséeAcceptable avec paramétrage et charte
API OpenAINon par défautDPA, rétention limitéePour les intégrations développées par l'entreprise

OpenAI propose par ailleurs des options de résidence des données en Europe pour ses offres professionnelles et son API ; vérifiez ce point dans votre contrat, ainsi que la durée de conservation des conversations et les sous-traitants ultérieurs listés au DPA.

RGPD : les quatre règles qui s'appliquent à chaque prompt

  1. Minimisation (article 5) : un prompt contenant le nom d'un client, un dossier RH ou un historique médical est un traitement de données personnelles. La règle d'or opérationnelle : anonymiser ou pseudonymiser avant de soumettre, et bannir les données sensibles (santé, opinions, biométrie) des outils généralistes.
  2. Base légale et information (articles 6 et 13) : l'usage interne s'appuie en général sur l'intérêt légitime, à condition d'informer les personnes concernées (salariés via la charte et la politique de confidentialité RH, clients si leurs données transitent par l'outil).
  3. Sous-traitance (article 28) : sans DPA, pas de données personnelles. C'est le critère qui disqualifie les comptes individuels gratuits pour tout usage impliquant des tiers.
  4. Transferts hors UE (chapitre V) : vérifiez le mécanisme de transfert (clauses contractuelles types, certification Data Privacy Framework) et l'option de traitement en Europe quand elle existe.

La CNIL a publié des recommandations sur le développement et l'utilisation des systèmes d'IA et a fait des données d'entraînement une priorité de contrôle ; le comité européen de la protection des données a, de son côté, coordonné les travaux des autorités sur ChatGPT.

AI Act : vos deux obligations immédiates de déployeur

En utilisant ChatGPT, votre entreprise est déployeuse d'un système d'IA (voir l'article sur les obligations AI Act 2026). Deux obligations sont en vigueur :

  • Maîtrise de l'IA (article 4) : former les salariés qui l'utilisent, à un niveau proportionné à leur rôle. La preuve de formation est le premier document demandé en cas de contrôle ou de litige.
  • Transparence (article 50) : si ChatGPT alimente un agent exposé à vos clients (chatbot, réponses automatisées), les personnes doivent savoir qu'elles interagissent avec une IA ; les contenus générés publiés pour informer le public doivent être signalés, sauf relecture humaine avec responsabilité éditoriale.

Les usages RH (tri de candidatures, évaluation) relèveront du régime « haut risque » au 2 décembre 2027 : mieux vaut les cartographier dès maintenant.

Secret des affaires : le risque que tout le monde oublie

La protection du secret des affaires (articles L.151-1 et suivants du code de commerce, issus de la directive 2016/943) repose sur trois conditions, dont des « mesures de protection raisonnables » prises par l'entreprise. Saisir une formule, un plan stratégique ou un code source dans un outil grand public, sans cadre contractuel de confidentialité, peut être analysé comme une divulgation incompatible avec ces mesures : l'information risque de perdre sa protection juridique, indépendamment de tout incident technique. Les clauses de confidentialité signées avec vos propres clients peuvent en outre interdire ce type de partage. La parade est organisationnelle : classifier l'information, et réserver les éléments confidentiels aux outils sous contrat d'entreprise.

La charte d'usage de l'IA en 8 points

  1. Liste des outils validés par l'entreprise (et des versions : compte entreprise, pas de compte personnel).
  2. Données interdites en toutes circonstances : données sensibles, données clients nominatives hors outil sous DPA, secrets d'affaires, codes d'accès.
  3. Règle d'anonymisation avant tout prompt contenant des informations internes.
  4. Relecture humaine obligatoire avant toute utilisation externe d'un contenu généré (client, publication, contrat) : l'entreprise reste responsable des erreurs et hallucinations.
  5. Signalement de l'IA dans les contenus et agents exposés au public (article 50).
  6. Interdiction d'utiliser l'IA pour des décisions individuelles ayant un effet juridique sur une personne sans validation humaine documentée.
  7. Formation initiale obligatoire et rappels annuels (article 4 AI Act), tracés.
  8. Canal de signalement des incidents (fuite de données dans un prompt, sortie problématique) relié à la procédure violation de données.

Passez à l’action

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Sources

  • Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 5, 6, 13, 28, 35 et chapitre V, EUR-Lex.
  • Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act), articles 4, 26 et 50, EUR-Lex.
  • Directive (UE) 2016/943 sur le secret des affaires et articles L.151-1 et suivants du code de commerce, Légifrance.
  • CNIL, recommandations sur le développement des systèmes d'IA ; EDPB, travaux coordonnés sur ChatGPT.

Questions fréquentes

Un salarié peut-il utiliser son compte ChatGPT personnel pour travailler ?

C'est la configuration la plus risquée : pas de DPA, entraînement actif par défaut, aucune visibilité de l'entreprise. La charte doit l'exclure et proposer une alternative validée : interdire sans équiper nourrit le shadow AI.

Faut-il une AIPD pour déployer ChatGPT en interne ?

Elle est nécessaire si l'usage est susceptible d'engendrer un risque élevé (données de salariés à grande échelle, profilage, données sensibles). Pour un déploiement d'entreprise structurant, elle est en pratique recommandée : elle documente précisément les choix que ce guide décrit.

Les prompts sont-ils conservés par OpenAI ?

Oui, selon des durées qui dépendent de l'offre et du paramétrage (historique, rétention contractuelle, obligations légales éventuelles). Le réglage de l'historique et la durée de rétention font partie des points à vérifier au contrat.

Et les alternatives comme Claude, Gemini ou Mistral ?

Les mêmes règles s'appliquent : version professionnelle sous DPA, formation, transparence. Les différences (localisation, entraînement, certifications) sont détaillées fiche par fiche dans notre annuaire IA x réglementation.

Le comité social et économique doit-il être consulté ?

Oui en France dès lors que le déploiement constitue l'introduction d'une nouvelle technologie ou un aménagement important modifiant les conditions de travail (article L.2312-8 du code du travail).