Experts-comptables · AI Act

Experts-comptables & AI Act : obligations concrètes du déployeur

L’AI Act (règlement UE 2024/1689) est le premier cadre européen dédié à l’intelligence artificielle. Un cabinet comptable qui utilise des outils d’OCR, de rapprochement bancaire, de prévision ou de rédaction assistée devient « déployeur » de systèmes d’IA et hérite d’obligations proportionnées au risque de chaque outil. Ce guide explique le fonctionnement du texte, précise ce qui relève du cabinet (par opposition à l’éditeur) et détaille les obligations, le calendrier d’application et les sanctions.

Équipe DPO / RSSI — Data Comply One Mis à jour le 15 juin 2026

En bref

  • Réglementation : AI Act.
  • Tout cabinet utilisant au moins un outil intégrant de l’IA est concerné en tant que déployeur.
  • Inventorier les systèmes d’IA.
  • Assurer la transparence.
  • Garantir la supervision humaine.
  • Les paliers de l’AI Act sont élevés : jusqu’à 35 M€ ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites, 15 M€ ou 3 % pour les manquements aux obligations des systèmes à haut risque, et 7,5 M€ ou 1 % pour la fourniture d’informations inexactes aux autorités.

Échéances réglementaires

Les dates clés de cette réglementation.

Août 2024

Entrée en vigueur

En vigueur

Février 2025

Interdiction des pratiques prohibées

En vigueur

Août 2025

Modèles d'IA à usage général (GPAI) & gouvernance

En vigueur

Août 2026

Obligations des systèmes à haut risque (Annexe III)

En vigueur

Août 2027

Haut risque intégré aux produits (Annexe I)

À venir

De quoi parle AI Act ?

L’AI Act classe les systèmes d’IA en quatre catégories : risque inacceptable (pratiques interdites), haut risque (obligations lourdes), risque limité (obligations de transparence) et risque minimal (pas d’obligation spécifique). Il distingue aussi plusieurs rôles : fournisseur (qui développe et met sur le marché), déployeur (qui utilise le système sous sa propre autorité), importateur et distributeur.

Un cabinet qui se contente d’utiliser des logiciels tiers est un déployeur. Ses obligations sont réelles mais bien moindres que celles du fournisseur, qui supporte la documentation technique, la gestion des risques et l’évaluation de conformité.

Le secteur « Experts-comptables » est-il concerné ?

Tout cabinet utilisant au moins un outil intégrant de l’IA est concerné en tant que déployeur. La grande majorité de ces usages relève du risque limité : l’obligation principale est alors d’informer les personnes qu’une IA intervient et d’assurer une supervision humaine.

Un scénario particulier mérite l’attention : si le cabinet utilise l’IA pour évaluer ou trier des personnes (score de solvabilité, présélection de candidats à un poste), l’outil peut relever du haut risque et déclencher des obligations renforcées — supervision documentée, information spécifique, tenue de journaux.

Obligations détaillées

Inventorier les systèmes d’IA

Tenir un registre des outils d’IA utilisés, avec pour chacun son éditeur, sa finalité et son niveau de risque. C’est la base d’un pilotage sérieux et la première pièce attendue.

Assurer la transparence

Informer les clients et les personnes concernées lorsqu’une décision ou un livrable s’appuie sur l’IA, notamment pour les contenus générés et les interactions automatisées.

Garantir la supervision humaine

Maintenir un contrôle humain effectif sur les sorties de l’IA : un collaborateur compétent doit pouvoir comprendre, contester et corriger le résultat avant toute décision.

Conserver la documentation

Archiver la documentation de conformité et la notice d’utilisation fournies par l’éditeur, qui attestent que le système répond aux exigences du règlement.

Former les collaborateurs

Développer la « littératie IA » des équipes (obligation générale du texte) : comprendre les limites des outils, les risques de biais et d’erreur, et les bonnes pratiques d’usage.

Surveiller les évolutions

Réévaluer périodiquement le niveau de risque des outils, qui peut changer avec les mises à jour de l’éditeur ou l’extension des usages.

Sanctions & risques

Les paliers de l’AI Act sont élevés : jusqu’à 35 M€ ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les pratiques interdites, 15 M€ ou 3 % pour les manquements aux obligations des systèmes à haut risque, et 7,5 M€ ou 1 % pour la fourniture d’informations inexactes aux autorités. Le montant le plus élevé est retenu.

Pour un déployeur comme le cabinet, le risque principal n’est pas la pratique interdite mais le défaut de transparence ou de supervision sur un outil à haut risque mal identifié — d’où l’importance de l’inventaire.

Calendrier d’application

  • 1Entrée en vigueur. Le règlement est entré en vigueur le 1er août 2024.
  • 2Pratiques interdites. Applicables depuis le 2 février 2025.
  • 3Modèles à usage général (GPAI). Obligations applicables depuis le 2 août 2025.
  • 4Systèmes à haut risque. Obligations principales à partir du 2 août 2026, et 2027 pour certains systèmes intégrés à des produits réglementés.

Erreurs fréquentes dans le secteur

  • 1« L’AI Act ne vise que les éditeurs ». Croire que seul le fournisseur est concerné, alors que le déployeur a ses propres obligations de transparence et de supervision.
  • 2Absence d’inventaire. Ne pas savoir quels outils du cabinet embarquent de l’IA ni à quel niveau de risque.
  • 3Supervision de façade. Afficher une supervision humaine sans que le collaborateur ait réellement les moyens de contester la sortie de l’IA.
  • 4Silence vis-à-vis des clients. Ne pas informer les clients de l’usage d’IA dans la production des livrables.

Cas pratique

Un cabinet déploie un assistant qui pré-rédige des courriers de relance et pré-analyse la solvabilité de débiteurs pour ses clients. L’assistant de rédaction relève du risque limité (transparence). En revanche, le module de scoring des débiteurs, qui influence une décision affectant des personnes, peut relever du haut risque : le cabinet doit alors documenter la supervision humaine, informer les personnes et vérifier que l’éditeur fournit la documentation requise.

Feuille de route de mise en conformité

  1. 1

    Inventorier. Établir le registre des systèmes d’IA utilisés par le cabinet.

  2. 2

    Classer. Qualifier le niveau de risque de chaque outil et repérer les éventuels usages à haut risque.

  3. 3

    Encadrer. Rédiger une charte d’usage de l’IA, informer clients et collaborateurs, et organiser la supervision humaine.

  4. 4

    Tracer. Mettre en place la conservation de la documentation éditeur et, pour le haut risque, la tenue de journaux.

  5. 5

    Réviser. Auditer périodiquement les outils et l’évolution de la réglementation.

Questions fréquentes

Déployeur, tant qu’il utilise des outils tiers sans les commercialiser sous sa propre marque. Les obligations du déployeur sont sensiblement plus légères que celles du fournisseur.

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